Parcours psychologique

RECONNAISSANCE DES VICTIMES ET DE LEUR TRAUMATISME

Dans l’entourage de la famille

L’entourage familial et amical

Il sera primordial pour la jeune victime. Mémoire traumatique explique très bien le positionnement à avoir quand on est proche d’une victime de violence sexuelle. Vous trouverez des informations via ce site, en cliquant ici.

Passages de Murielle Salmona, psychiatre française – fondatrice et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie – qui parle du témoin ou proche d’une victime :

« Il (le témoin) doit respecter son temps, ne rien lui imposer, lui proposer. Il faut souvent beaucoup de temps à la victime pour arriver à porter plainte, beaucoup de soutien aussi, il faut qu’elle soit aidée par un avocat, et par des associations, il faut qu’elle soit bien prise en charge sur le plan médical, car il lui faudra surmonter de nombreuses peurs, des doutes, la loi du silence imposée par l’agresseur, ses menaces et le brouillage qu’il a mis en place. L’entourage peut aider la victime à se remémorer les faits, à mieux les identifier, et à construire un récit plus précis de ce qui s’est passé, ce qui lui sera très utile par rapport à une éventuelle procédure, et pour le travail thérapeutique. Ne pas juger ses comportements (il n’y a qu’à… Il faudrait que…) »

« Être témoin de violences ou être un proche d’une victime, parent, conjoint, ami, collègue peut être déstabilisant, douloureux, voire traumatisant et générer des troubles psychotraumatiques, particulièrement si l’on a été confronté à des violences effroyables, si l’on s’est senti dans l’incapacité d’agir, impuissant à protéger, à aider, à trouver les bons comportements. Surtout faites-vous aider, ne restez pas seul-e. Il a été démontré que le fait de recevoir en consultation les proches de victimes pour les entendre, les informer, les soutenir, les conseiller, voire de leur prodiguer des soins si c’est nécessaire, a un impact très positif sur eux mais aussi sur la prise en charge de la victime. »

La mère non protectrice

Quand l’auteur de l’agression est le père, la perversité peut également venir de la mère qui permet l’accomplissement de l’inceste. (Hélène Romano : « Inceste, lorsque les mères ne protègent pas leur enfant »). La mère pouvant sortir du silence pour soutenir son but quand elle envisage un divorce. Quand le père est condamné, certaines mères, soutenant leur mari, se détournent de l’enfant qui devra donc être placé. L’association Dr Bru accueille des jeunes filles ayant subi ce problème.

Le traumatisme vu par Marie Pierre Porchy :

Un traumatisme important chez la victime est celui de ne pas avoir été cru lorsqu’ils ont eu le courage d’en parler. La souffrance psychique peut être apaisée lorsque la justice entend et reconnait cet abus, cette infraction. Quand les abus ont perduré dans le temps, les enfants peuvent présenter un « syndrôme d’accommodation » : Leur abus a conduit à leur aliénation, ils se sont éteints dans l’assujettissement, ils sont devenus l’objet que leur abuseur voulait qu’ils deviennent.

En audition, ces enfants raconteront leur histoire sans émotion. L’expertise psychiatrique sera très importante pour ne pas mettre en doute leur discours.

Les victimes sont ébranlées par la négation de l’état d’enfant. Elles doivent mener un combat pour préférer la vie à la mort. Elles auront des difficultés à construire une vie affective satisfaisante. C’est pour cela qu’un suivi psychologique sera indispensable pour surpasser ces problématiques (qui ne sont pas toutes systématiques).

L’amnésie traumatique : est une forme de protection pour supporter le traumatisme. Les faits traumatisants reviennent en mémoire une fois adulte après plusieurs années ou dizaines d’années. Cela permet à l’adulte de faire un lien entre son mal-être et ce qu’il a subi pendant l’enfance. C’est pour cela que le législateur a repoussé le délai de prescription pour toutes les infractions sexuelles.

Certaines associations militent pour qu’il n’y ait plus de délais de prescription. Les avis sont divergents à ce sujet : MP Porchy pense qu’il ne faut pas mettre sur le même plan l’inceste et le crime contre l’humanité, qui lui, n’a pas de délai de prescription. D’autres pensent que l’amnésie traumatique peut être tellement longue qu’il est injuste de poser ce type de délai.

Il faut savoir que lorsque les délais sont prescrits pour l’action publique, il est toujours possible de faire une action civile pour demander réparation de son préjudice.

La pire situation est que l’enfant, une fois adulte, reproduise la violence qu’il a subi. D’où l’importance du suivi psychologique.

Le psychotraumatisme vu par le Dr Muriel Salmona :

Les mécanismes des psychotraumatismes

La mémoire traumatique peut-être, pensez-vous, être « inadapté(e) à la vie », « particulièrement fragile » ou « né(e) comme ça », ce n’est pas le cas : tous ces symptômes et comportements s’expliquent et sont les conséquences habituelles des violences. Ils sont liés à des mécanismes neurobiologiques de sauvegarde exceptionnels et connus depuis peu, mis en place par le cerveau pour échapper au risque vital que font courir les violences.

Ils peuvent être traités par des professionnels de la santé spécialisés, mais sont encore rarement identifiés, dépistés, diagnostiqués et pris en charge. Une violence insensée et à laquelle on ne peut pas échapper crée un état de sidération (paralysie psychique et physique) et un état de stress extrême incontrôlable qui entraîne un risque vital cardio-vasculaire et neurologique par « survoltage » (comme dans un circuit électrique). Pour arrêter ce risque fonctionnel, le circuit neuronal « disjoncte » automatiquement grâce à la sécrétion de drogues dures sécrétées par le cerveau (endorphines à hautes doses et drogues « kétamine-like »). Cette déconnexion « éteint » le stress extrême et entraîne une une dissociation traumatique (anesthésie psychique et physique, sentiment d’irréalité et d’être spectateur de soi-même), et des troubles de la mémoire avec amnésie traumatique et mémoire traumatique émotionnelle des violences, non contrôlable, hypersensible, isolée par la déconnexion et qui n’a pas été intégrée « dans le disque dur du cerveau ». C’est une véritable bombe à retardement, prête à « exploser » à l’occasion de toute situation rappelant les violences, en déclenchant, de nouveau, les mêmes scènes, la même terreur, la même détresse, les mêmes sensations, de façon incompréhensible quand on ne connaît pas ce phénomène. La vie devient alors un terrain miné, et pour éviter de déclencher la mémoire traumatique le patient est obligé de mettre en place des conduites d’évitement. Mais quand les conduites d’évitement ne suffisent plus, souvent seules des conduites de dissociation, dont on a soi-même fait l’expérience de leur efficacité, peuvent calmer l’état de détresse.

Les conduites de dissociation

Il s’agit de déclencher, de nouveau, la disjonction du circuit émotionnel en augmentant le niveau de stress (par des conduites agressives et/ou auto-agressives, des conduites à risques, dangereuses, des conduites addictives) ce qui va entraîner une anesthésie affective et physique, une dissociation et calmer l’angoisse. Cependant, cela va recharger et aggraver encore plus la mémoire traumatique et créer une dépendance aux drogues dures sécrétées par le cerveau. Ces conduites qui s’imposent sont paradoxales et déroutantes, à la fois pour les personnes victimes de violences (elles sont responsables de sentiments de culpabilité) et pour les professionnels qui s’en occupent (quand ils n’ont pas été formés pour les reconnaître). Les personnes dissociées sont très vulnérables face aux agresseurs et risquent de subir de nouvelles violences (incapacité à se défendre en raison de leur anesthésie émotionnelle) ; les agresseurs par expérience connaissent bien ces phénomènes dont ils profitent pour assurer leur emprise sur des victimes et les instrumentaliser.

Conséquences sur la santé mentale et physique

En plus du psycho-traumatisme et des lésions traumatiques directes liées aux violences physiques, les conséquences sur la santé peuvent se manifester sous différentes formes : troubles anxio-dépressifs, risques suicidaires, troubles du sommeil et de l’alimentation, addictions, troubles cognitifs (mémoire et concentration), fatigue intense, douleurs chroniques, céphalées (maux de tête), dorso-lombalgies (mal de dos). troubles digestifs, gynécologiques et génito-urinaires, endocriniens, immunitaires, allergiques, ORL, dermatologiques, des troubles cardio-vasculaires, palpitations, hypertension artérielle, atteinte coronaire, et aussi diabète, affections pulmonaires, ou neurologiques.

Les violences ont un impact très important sur la santé. Une prise en charge médicale spécialisée et psychothérapique permet de relier les symptômes psycho-traumatiques aux violences, d’en comprendre les mécanismes, de les contrôler, et d’y échapper.

d’après les travaux du Dr Muriel Salmona disponibles sur http://www.memoiretraumatique.org édition de juin 2018

Pour casser ces mécanismes invalidants, la prise en charge psychothérapique est efficace.

Clique ici pour connaitre les soins et différentes prises en charge des victimes

Dans la société française

L’inceste existe depuis toujours. Si nous assistons à une augmentation de ces plaintes, c’est qu’il s’opère une prise de conscience collective qui pousse les victimes à porter plainte. La situation incestueuse, alors acceptée dans les familles, commence à prendre fin. Comme le fait remarqué MP Porchy, les mots caractérisant l’autorité familiale, utilisé dans notre droit est passé de « puissance paternelle », à « autorité paternelle » et enfin à « autorité parentale ». Le père n’est plus tout puissant !